22.09.2008
Qui veut faire taire les évêques du Québec?
Le 21 novembre 2007, le Cardinal Ouellet a publié une lettre ouverte où il invite les Québécois au dialogue et demande pardon pour certaines fautes commises, par le passé, par l'Eglise catholique. Il y reconnaît notamment "les attitudes étroites de certains catholiques" et leurs conséquences en termes de discrimination à l'égard des Autochtones, des femmes ou des homosexuels. Cette lettre du Cardinal de Québec apparaît comme une réponse à son , tenu dans le cadre de la commission Bouchard-Taylord sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles. Le mémoire présenté devant la Commission manifestait alors une volonté de maintenir un enseignement religieux dans les écoles et la nécessité d'une nouvelle évangélisation de la province. Cette intervention lui avait valu un grand nombre de critiques qui lui reprochaient notamment un ton hautain. Par sa lettre de repentance, publiée trois semaines plus tard, le Primat du Canada semble prendre acte des critiques émises et tente de renouer un dialogue difficile. Pourtant, ceux-là même qui lui reprochaient un ton supérieur et extérieur aux réalités sociales du Québec, s'en prennent cette fois à une vaine tentative de réconciliation trop tardive, lacunaire et dont la bonne foi ne serait pas sans arrière-pensées. Ainsi, quoi que dise le Cardinal de Québec, il semble qu'il ne puisse en définitive qu'avoir (forcément) tort aux yeux des bien-pensants. Ainsi, les réactions à la lettre de novembre ont également été très véhémentes, chacun trouvant que le Cardinal n'était pas allé assez loin dans la repentance manifestée. Même la ministre québécoise de la Condition féminine, Christine Saint-Pierre, a tenu à lui jeter la "pierre" en manifestant à cette occasion une curieuse appréciation de la laïcité et de la séparation des pouvoirs.
Il faut dire que le Cardinal Marc Ouellet a la réputation tenace d'être un intellectuel conservateur, attaché aux dogmes et proche de Rome. Ces qualificatifs suffiraient donc à le disqualifier aux yeux d'un grand nombre de Québécois et à rendre ses propos inaudibles car émanant d'une personnalité mal-aimée. Il semblerait en aller différemment du Cardinal Jean-Claude Turcotte. La bonhommie de ce dernier, son ton volontiers conciliant rendraient en effet le Cardinal de la métropole montréalaise plus sympathique aux yeux des media, gardiens de la bien-pensance contemporaine.
Or, le Cardinal est intervenu, le 11 septembre 2008, pour remettre en cause l'attribution au docteur Henry Morgentaler de l'Ordre du Canada tandis que le médecin a été l'un des partisans les plus farouches de la reconnaissance légale de l'avortement au Canada. La contribution de ce dernier à la cause des femmes a pourtant été regardée, par le Cardinal Turcotte, comme un "progrès social très discutable". Il intervient ainsi à la suite de plusieurs personnalités qui se sont également désolidarisés du docteur Morgentaler, auquel la remise de l'ordre a été accordée le 1er juillet 2008. Lucien Larre, prêtre de Colombie-Britannique, et Gilbert Finn, ancien lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, ont aussi renoncé à leurs décorations de l'Ordre du Canada afin d'expreimer publiquement leur mécontentement.
Le Cardinal a également interpellé les dirigeants politiques en leur soulignant l'utilité de s'interroger en ces termes: "Suis-je politically correct? Est-ce que je suis la majorité ou est-ce que je suis ma conscience?". Mgr Turcotte vient ainsi de heurter de front le politiquement médiatique et la toute-puissance des avis majoritaires (ou supposés tels) et idéologiquement imposés au nom d'une conception erronée de la démocratie. A ls suite de ce "coup d'éclat", les réactions à l'encontre du Cardinal Jean-Claude Turcotte ont été nombreuses. Plusieurs ont dénoncé l'intrusion de la religion au sein de la campagne politique actuelle, alors même qu'aucune voix ne s'était préalablement élevée pour dénoncer l'attitude de Madame Saint-Pierre à l'égard du Cardinal Ouellet.
Cette intrusion du Cardinal Turcotte dans ls sphère publique ne pouvait rester sans réaction de la part des défenseurs du "nouvel ordre moral". Pour le faire taire, certains journalistes se sont empressés de soulever la question des prêtres pédophiles. Ainsi, dès le lendemain de son intervention, soit le 12 septembre 2008, un premier écrit a cherché à mettre à mal le cardinal. Tandis qu'il était reproché au Cardinal Turcotte d'avoir dénoncé la nomination du docteur Morgentaler en pleine campagne électorale, cette fois, c'est la concomittance des problèmes d'abus sexuels avec l'intervention du prélat montréalais qui pose problème. Les attaques à l'encontre du Cardinal visent essentiellement à lui reprocher de financer les études en droit canonique d'un prêtre qui a été condamné pour des attouchements sexuels et, depuis exclu, de toute activité pastorale. Il semble qu'en l'espèce, l'Eglise ait pris ses responsabilités en retirant toute fonction pastorale à l'abbé incriminé et en le cantonant à des activités purement administratives au sein du diocèse alors même que le coupable a terminé de purger sa peine de prison ave sursis. L'empressement de certains à condamner ad vitam eternam le prélat, auquel toute solution de réadaptation serait déniée, est étrange "pour dire le moins".
Cette mauvaise confusion des genres n'a pas échappé à quelques esprits. et, en définitive, il semble évident que cette affaire de pédophilie n'a été évoquée par la presse qu'afin de mettre à mal l'autorité du Cardinal et le "punir" de ses propos outranciers de la veille.
Une telle attitude est grave car elle remet directement en cause la liberté d'expression. Toute prise de parole publique d'une autorité ecclésiastique suscite une réprobation instinctive et immédiate. L'Eglise n'aurait plus auccun droit ni compétence pour intervenir dans le champ du débat d'idées, elle qui avait jusqu'alors la prétention de se définir comme "experte en humanité" (Paul VI, déclaration à l'ONU, 1965).
09:48 Publié dans article, Politiquement correct, Religion, Traitement médiatique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : eglise catholique, québec, canada, cardinaux, évêques, media




Commentaires
L'Eglise Catholique Romaine n'est pas une démocratie, mais un état totalitaire et conservateur.
Écrit par : Frère Serge | 31.10.2008
J'imagine que le courant religieux que vous venez de créer est, quant à lui, un modèle de démocratie, de liberté et de progressisme...
Toutefois, je ne vois pas vraiment en quoi il reste catholique...
Écrit par : Bébert | 31.10.2008
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